Après la victoire électorale de Barack Obama, il est intéressant de revenir sur les racines bibliques de la foi du futur président américain.
Barack Obama cultive une conception vivante, non statique, du texte biblique. Voici ce qu’il écrit dans The Audacity of Hope au chapitre 6 intitulé : « Foi » : « Quand je lis la Bible, je le fais avec la conviction qu’il ne s’agit pas d’un texte statique mais de la Parole vivante (the Living Word) et que je dois être continuellement ouvert à de nouvelles révélations... » Cela explique ses convictions « libérales » (au sens américain) sur l’avortement, le mariage homosexuel ou la guerre. « Je ne suis pas contre toutes les guerres, mais contre les guerres stupides. » Voilà qui permettra au candidat d’ouvrir explicitement l’identité de la nation américaine à la pluralité des traditions religieuses qui la composent, qu’elles soient bouddhiste, musulmane et même non croyante. Une première pour un politicien aux Etats-Unis.
Le message d’une Eglise noire
Le titre de son ouvrage-programme The Audacity of Hope (« L’audace d’espérer ») vient d’un sermon de son pasteur Jeremiah Wright sur un passage biblique très précis : I Samuel 1, qui raconte comment Anne, stérile et désespérée, prie le Seigneur de lui donner un enfant, osant présenter sa requête auprès de Dieu malgré son malheur.
Le pasteur insistait sur la figure d’Anne, qui deviendra la mère du prophète Samuel. Elle se sent humiliée, se croit finie, et insiste pourtant auprès de Dieu pour être exaucée. La description de l’attitude d’Anne ressemble trait pour trait à la condition de la femme noire des ghettos : « Comme Anne, nous avons connu des temps amers. Quotidiennement, nous faisons face au rejet et au désespoir. Et pourtant elle a osé espérer ! » C’est ce sermon qui convertit Obama au christianisme, comme il le raconte dans sa biographie (Dreams from my Father) au chapitre 14. Il est évident que les Noirs de la Trinity United Church of Christ pouvaient s’identifier immédiatement à Anne, l’humiliée, qui pleure et refuse de manger, qui s’épanche devant le Seigneur pour le faire fléchir et recevoir de lui un enfant.
Dans la suite du texte biblique (I Samuel 2), vient le cantique d’Anne avec cette désignation significative de Dieu : « Le Seigneur relève le faible de la poussière et tire le pauvre d’un tas d’ordures, pour les faire asseoir avec les princes et leur attribuer la place d’honneur (...), car ce n’est point par la force qu’on triomphe, mais par l’audace d’espérer. » Tel est le message au monde de l’Eglise noire, cette « communauté de mémoire », à laquelle Obama appartient.
Dépasser les clivages religieux
Plus récemment, le discours prononcé à Philadelphie en mars dernier contient de nombreuses allusions à la religion. Obama y redit ce que tout le monde sait – ou devrait savoir – aux Etats-Unis : « Le moment le plus racialement séparé de la vie américaine est le dimanche matin à 11 heures », l’heure du culte. Par son discours universaliste, le président élu veut justement commencer par dépasser les clivages d’abord religieux, cultuels, et donc sociaux et raciaux. Une religion étroite divise, une religion ouverte sur le monde unit.
C’est ce qui va le séparer du pasteur Wright. Barack Obama ne lui a jamais reproché de lutter pour le droit et la reconnaissance des Noirs, mais d’en rester à une conception statique de la race, comme si les choses n’avaient pas, malgré tout, évolué dans le bon sens. Il ne faut pas, disait Obama, se laisser trop charger par le passé (overburdened by the past), mais oser, faire le pari que désormais les races vont pouvoir enfin se réconcilier. La différence entre Wright et Obama vient du fait que le premier exalte le radicalisme de la fin de la vie de Martin Luther King, quand le grand leader noir accusait les Etats-Unis de perpétrer dans le monde l’injustice et l’impérialisme (la guerre du Vietnam), alors que Barack Obama puise son énergie dans des textes comme la « Lettre de la prison de Birmingham » de 1963, laquelle, plus modérée, en appelle à la collaboration avec les Blancs convaincus. Cette reprise complexe et parfois contradictoire de l’histoire, interne aux intellectuels et théologiens noirs, explique la situation actuelle et l’évolution exemplaire de la personne même d’Obama. La foi de ce politicien, fondée sur les témoignages bibliques interprétés dans leur esprit, non dans leur lettre, voilà ce qui peut fonder notre espérance à nous aussi, chrétiens européens, aux prises avec les fondamentalismes et les fanatismes de tous bords. Oui, nous pouvons espérer !
Henri Mottu/ Vie protestante






